Écrit par: Sophie Tremblay
Vérifié par: Michael O’Connor, Ethan Miller
Mis à jour: Jan 8, 2026
Le risque systémique désigne la possibilité d’un effondrement de l’ensemble du système financier, déclenché par la défaillance d’une ou de plusieurs institutions clés. Cette notion est au cœur des travaux de l’économiste Olivier de Bandt, qui a longuement étudié la propagation des chocs au sein du système financier global.
Dans l’économie numérique d’aujourd’hui, ces menaces vont au-delà des banques traditionnelles. Même des secteurs en forte croissance comme les jeux d’argent en ligne peuvent représenter des risques systémiques, en particulier lorsque des sommes importantes circulent rapidement entre les frontières via des plateformes non régulées.
La crise financière mondiale de 2008 a révélé à quel point les systèmes financiers interconnectés peuvent être fragiles. Une réaction en chaîne, partie des titres adossés à des créances hypothécaires, a entraîné la chute de grandes institutions et paralysé le crédit mondial.
En réponse, le G20 a lancé une initiative mondiale coordonnée pour réduire le risque systémique et prévenir de futures crises majeures.Qu’il s’agisse de renforcer la résilience des banques ou de réguler la finance de l’ombre et les marchés de produits dérivés, ce programme a profondément transformé l’architecture de la finance mondiale.

Les piliers stratégiques du programme du G20
Le programme du G20 repose sur trois piliers fondamentaux visant à réduire les vulnérabilités systémiques: renforcer les institutions financières, améliorer les infrastructures de marché et limiter les interconnexions risquées à l’échelle transfrontalière.
Renforcer la résilience des institutions financières
L’un des objectifs prioritaires du G20 est de rendre les institutions financières plus résistantes aux chocs. Cela a commencé avec la mise en œuvre de Bâle III, qui a introduit des exigences de capital plus strictes.
Au lieu de s’appuyer sur des dettes à court terme et à haut risque, les banques doivent désormais détenir un capital de meilleure qualité, capable d’absorber les pertes en période de crise. La transparence concernant la structure du capital s’est également améliorée de manière significative.
Le G20 a également promu des normes strictes en matière de liquidité, telles que le ratio de couverture des besoins de liquidité (LCR) et le ratio de financement stable net (NSFR). Ces règles visent à garantir que les banques puissent faire face à une sortie soudaine de liquidités.
Pour réduire la cyclicité du crédit, les régulateurs ont mis en place des coussins contracycliques. Ils sont constitués en période de croissance et mobilisés lorsque les marchés deviennent instables.
Améliorer les infrastructures de marché
Le deuxième axe des réformes du G20 a consisté à moderniser les infrastructures techniques de la finance mondiale. Cela concerne les systèmes liés à la négociation, à la compensation et au règlement des transactions.
L’élément central de cette réforme est l’utilisation de contreparties centrales (CCP) pour compenser les produits dérivés standardisés. Ce mécanisme réduit le risque de contrepartie et améliore la visibilité pour les régulateurs.
Toutes les transactions doivent désormais être enregistrées dans des répertoires de transactions, ce qui permet aux autorités de surveiller les expositions dans l’ensemble du système. Avant la crise, une grande partie de ces données était invisible.Le G20 a également accordé la priorité à la mise en place de systèmes de paiement et de règlement robustes, capables de résister à des tensions financières. Cela évite que de petites défaillances ne dégénèrent en effondrement systémique.

Réduire les interconnexions
Les systèmes financiers mondiaux sont fortement interconnectés, ce qui les rend vulnérables. Le G20 a cherché à réduire ces interconnexions, qui peuvent amplifier les chocs à travers les frontières.
Une mesure clé a été le développement de cadres de résolution ordonnée. Ces mécanismes permettent de restructurer ou de fermer une banque en difficulté sans déclencher de panique sur les marchés.
Les régulateurs ont également introduit des obligations convertibles conditionnelles (CoCos). Ces instruments se transforment automatiquement en actions en période de stress, ce qui réduit le besoin de renflouements publics.Pour renforcer la coopération internationale, le G20 a encouragé la création de collèges de superviseurs. Il s’agit d’équipes transfrontalières chargées de surveiller les grands groupes financiers et de coordonner les réponses en cas de crise.

Cadre institutionnel et participation réglementaire
Derrière les réformes du G20 se trouve un puissant organe de coordination. Le Conseil de stabilité financière (FSB) est chargé de proposer des normes mondiales, de suivre leur mise en œuvre et d’assurer la cohérence entre les juridictions.
Le FSB collabore avec d’autres institutions majeures. Parmi elles figurent l’OICV (IOSCO), la Banque des règlements internationaux (BRI), le Fonds monétaire international (FMI) et le Comité de Bâle sur le contrôle bancaire (BCBS).
Bien que le cadre soit international, l’application des règles se fait au niveau national. Des pays comme le Canada, la France et les États membres de l’Union européenne ont transposé ces règles dans leur droit national et leur réglementation.L’approche du G20 met fortement l’accent sur la surveillance macroprudentielle. Au lieu de se concentrer uniquement sur les banques individuelles, elle vise à évaluer les risques systémiques qui affectent l’ensemble de l’écosystème financier. Ce changement d’approche a été largement soutenu par les réflexions d’Olivier de Bandt sur la nécessité d’une régulation macroprudentielle intégrée.

Jeux d’argent en ligne: un risque systémique croissant mais sous-estimé
Les plateformes de jeux d’argent en ligne ont évolué pour devenir de véritables écosystèmes financiers. À l’image des banques, elles dépendent des dépôts des utilisateurs, du traitement instantané des paiements et de volumes de transactions élevés pour fonctionner.
Cette similitude avec les institutions financières traditionnelles soulève des inquiétudes. De nombreuses plateformes opèrent à l’échelle transfrontalière, souvent dans des juridictions faiblement régulées ou offshore, où la surveillance est limitée et la transparence insuffisante. Comme le souligne Olivier de Bandt, la concentration de flux financiers dans des structures peu supervisées multiplie les risques de contagion.
Même les plateformes qui utilisent des méthodes de paiement reconnues, comme celles proposées dans un casino en ligne acceptant interac, présentent des vulnérabilités potentielles. Ces casinos offrent une fiabilité accrue en matière de paiements, mais ils évoluent tout de même dans un secteur qui manque de supervision internationale coordonnée.
Le vrai problème réside dans l’absence de coordination mondiale. En dépit de l’ampleur du secteur des jeux numériques, aucune norme au niveau du G20 n’existe actuellement pour encadrer ses risques systémiques. Les efforts de réforme financière se sont concentrés sur les banques et les marchés, laissant des secteurs comme le jeu en marge de l’agenda global des risques.À mesure que la frontière entre finance et divertissement devient floue, il devient plus difficile de la définir. Dans le même temps, les risques peuvent se propager discrètement à travers les infrastructures numériques.

Dates clés et engagements (2009–2010)
La réponse du G20 à la crise financière mondiale a débuté par une série de sommets historiques. Ces réunions ont posé les bases d’une action internationale pour faire face au risque systémique.
Lors du sommet de Londres en 2009, les dirigeants ont convenu de créer le Conseil de stabilité financière (FSB). Cette nouvelle institution avait pour mission de coordonner la régulation entre les pays et d’élaborer des normes communes. Le sommet a également abordé la question de la rémunération des dirigeants, dans le but de réduire les incitations à la prise de risques excessive.
Plus tard la même année, le sommet de Pittsburgh a fait progresser l’agenda des réformes. L’un de ses résultats majeurs a été le premier engagement en faveur de Bâle III, un nouveau cadre réglementaire destiné à renforcer le secteur bancaire. Le sommet a également promu la mise en place de collèges de superviseurs, permettant aux régulateurs de différents pays de surveiller conjointement les banques d’envergure mondiale.
Le sommet de Séoul en 2010 a entériné l’accord sur Bâle III, incluant des exigences de capital plus élevées et des normes de liquidité renforcées. Il a également introduit le concept de capacité totale d’absorption des pertes (TLAC) et lancé la planification formelle des procédures de résolution des institutions en difficulté sans provoquer de panique généralisée.
Approfondissement des réformes (2011–2019)
Après la réponse immédiate à la crise, le G20 est entré dans une phase de réforme à plus long terme. L’objectif était de renforcer durablement la résilience du système financier et d’étendre la supervision aux secteurs moins régulés.
Déploiement de Bâle III
Le G20 s’est engagé dans une mise en œuvre progressive des règles de capital et de liquidité de Bâle III. Les pays ont commencé à relever progressivement les ratios de capital minimum et à appliquer des normes de liquidité plus strictes.
Les banques considérées comme systémiquement importantes étaient soumises à des exigences encore plus élevées. Ces institutions devaient être capables d’absorber des pertes plus importantes pour protéger le système en cas de crise.
Capacité d’absorption des pertes et plans de résolution
Pour résoudre le problème des institutions « trop grandes pour faire faillite », le G20 a introduit le concept de capacité totale d’absorption des pertes (TLAC). Cette règle oblige les grandes banques à détenir suffisamment d’instruments capables d’absorber les pertes sans recourir à des fonds publics.
Une autre réforme majeure a été l’exigence de plans de redressement et de résolution, souvent appelés testaments bancaires (living wills). Ces documents décrivent comment un grand groupe financier pourrait être démantelé en toute sécurité en cas de crise.
Régulation de la finance non bancaire
L’attention s’est ensuite portée sur le rôle croissant des institutions financières non bancaires, souvent désignées comme la finance de l’ombre (shadow banking). Ces entités échappent à la régulation bancaire traditionnelle mais peuvent malgré tout présenter des risques systémiques.
Le G20 a soutenu l’introduction de nouvelles règles pour les fonds d’investissement, les opérations de pension livrée (repos) et les fonds monétaires. Ces mesures visaient à réduire le risque de ventes paniques et d’instabilité sur les marchés.
Les régulateurs ont également renforcé leurs efforts pour surveiller l’effet de levier caché et les déséquilibres de liquidité, susceptibles de menacer la stabilité financière en période de tension.
Test de résistance: l’ère du COVID-19 (2020–2022)
La crise du COVID-19 s’est révélée être un test de résistance inattendu pour les réformes financières mises en place après 2008. Elle a mis à l’épreuve la résilience des banques, des marchés et des cadres réglementaires d’une manière inédite depuis plus d’une décennie.

Pour maintenir la circulation du crédit, les autorités ont temporairement assoupli les exigences en matière de capital et de liquidité. Les banques ont été autorisées à utiliser leurs coussins de capital, et certains délais de déclaration ont été repoussés pour alléger la pression opérationnelle.
Les banques centrales sont intervenues de manière massive. Grâce à des facilités de prêt d’urgence, à des programmes d’achat d’actifs et à des accords de swap, elles ont stabilisé les marchés et garanti que la liquidité parvienne là où elle était la plus nécessaire.
Même si le système a mieux résisté qu’en 2008, la crise a également mis en lumière de nouvelles vulnérabilités. Parmi celles-ci figuraient des pénuries soudaines de liquidité dans la finance non bancaire, une volatilité extrême des marchés, ainsi que des inquiétudes quant à la dépendance excessive aux soutiens des banques centrales.
Nouvelles menaces et adaptation (2022–2026)
À mesure que le système financier évolue, le G20 a dû faire face à une nouvelle vague de risques qui ne figuraient pas dans l’agenda initial de l’après-crise.
L’un des plus pressants est la cybersécurité. Les institutions financières sont de plus en plus exposées aux cyberattaques, qui peuvent perturber les marchés, entraîner des fuites de données, voire déclencher des crises de liquidité. Le G20 et le FSB ont commencé à élaborer des protocoles de réponse aux incidents et des cadres de résilience.
Un autre défi est l’intégration des risques financiers liés au climat. Cela inclut les menaces physiques dues aux événements climatiques, ainsi que les risques de transition liés aux changements de politique ou aux réactions des investisseurs. Les superviseurs exigent désormais que les institutions financières divulguent leur exposition ESG et réalisent des tests de résistance climatique.Les inégalités mondiales en matière de capacité réglementaire sont également devenues plus évidentes. Les marchés émergents manquent souvent d’outils ou de données pour appliquer des réformes complexes. Cela crée des failles dans le filet de sécurité mondial et augmente le risque d’arbitrage réglementaire.

Défis et critiques
Malgré les progrès réalisés depuis 2008, le programme de réformes du G20 a fait l’objet de plusieurs critiques. Celles-ci portent à la fois sur la conception des règles et sur leur mise en œuvre.
Une préoccupation majeure concerne la procyclicité. Certains estiment que les règles de capital peuvent aggraver les ralentissements économiques. Lorsque les banques doivent préserver leurs coussins en période de tension, cela peut réduire le crédit précisément au moment où l’économie en a le plus besoin.
Un autre défi consiste à trouver le bon équilibre entre sécurité et croissance. Des réglementations plus strictes renforcent la stabilité, mais elles peuvent aussi ralentir les flux de crédit et freiner l’innovation financière, en particulier dans les pays en développement.
Les critiques soulèvent également le problème de la fragmentation réglementaire. Lorsque les réformes sont mises en œuvre de manière inégale selon les pays, les risques peuvent se déplacer au-delà des frontières et réduire l’efficacité de la coordination internationale. Ces constats rejoignent les analyses d’Olivier de Bandt, qui souligne l’importance d’une surveillance macroprudentielle cohérente et transfrontalière pour limiter les effets de contagion et les arbitrages réglementaires. Ce constat rejoint les préoccupations soulevées par Olivier de Bandt, qui met en garde contre une régulation fragmentée pouvant devenir, en elle-même, un facteur de vulnérabilité systémique. Il insiste sur la nécessité d’un cadre macroprudentiel cohérent et transfrontalier afin de limiter les effets de contagion et d’arbitrage réglementaire.

Résultats et perspectives d’avenir
En plus de dix ans, l’agenda du G20 sur le risque systémique a entraîné des changements significatifs. Les banques sont désormais mieux capitalisées, les infrastructures de marché sont plus transparentes et la planification de crise fait partie intégrante de la supervision courante.
Le système s’est montré plus stable en période de tension. La crise du COVID-19, par exemple, n’a pas provoqué d’effondrement financier. Cela montre que les réformes mises en œuvre après 2008 ont eu un impact réel.
Mais des défis subsistent. Les institutions financières non bancaires représentent désormais une part croissante de la finance mondiale, et leurs risques ne sont pas toujours bien compris. La croissance rapide de la fintech et des actifs numériques soulève également de nouvelles questions réglementaires. Dans ses travaux, Olivier de Bandt attire l’attention sur ces zones d’ombre de la régulation moderne — notamment les interactions complexes entre finance numérique et stabilité systémique. À l’avenir, le G20 devra faire face à des menaces émergentes telles que les risques financiers liés au climat, les cyberattaques, et les risques systémiques liés aux plateformes numériques. Ces enjeux nécessiteront une coordination renforcée entre pays et entre secteurs.

La crise initiale est peut-être terminée, mais la nécessité d’une vigilance mondiale ne l’est pas.
en-CA